En recevant le travail de Warlikowski dans ses murs, Le Parvis accueille l’œuvre d’un titan. Celui qui fut, dans sa jeunesse, l’assistant de Peter Brook et de Krystian Lupa est aujourd’hui l’un des metteurs en scène les plus fascinants au monde. Warlikowski, c’est la conjugaison rare de la pureté d’un style et de l’éclat d’une pensée, racée, incisive - décisive en réalité. Avec Les Français, pièce procédant d’une relecture très personnelle de la Recherche de Marcel Proust, le maître polonais offre, avec l’acuité qui le caractérise, l’image d’une société traversant une crise profonde, marquée par l’effondrement de l’ordre ancien, l’explosion de l’antisémitisme et, surtout, l’avènement de la première grande guerre européenne. En se référant à Deleuze, selon lequel « ne reviennent sur cette terre que les morts qu’on a trop vite et trop profondément enterrés », Warlikowski convoque Proust pour un débat d’une profonde actualité sur l’Europe et sur ce qui la fonde, débat focalisé, en particulier, sur le peuple français. D’où ce titre qui invite au débat – Les Français – le peuple français étant, comme on le sait, sans doute le plus ergoteur de tous les peuples européens... Le parallélisme temporel et les démêlés de Proust avec la matière du temps ont immédiatement induit, chez Warlikowski, la nécessité de construire sa pièce dans de subtils déplacements, dans une sorte de contiguïté décalée des situations passées et actuelles. Le principe d’organisation des Français consiste donc, non pas à produire un équivalent scénique d’un des romans majeurs du XIXe siècle, mais à trouver dans les fondations de celui-là l’ébauche d’un monde parallèle à faire advenir. Warlikowski, associé à une équipe de comédiens hors pair, fait littéralement circuler notre époque comme par le chas du regard de Proust. S’ensuit, avec Les Français, la rencontre décisive d’un monument de la littérature passée et d’un monument du théâtre contemporain.