A quelques jours de la Toussaint, sous le soleil encore clément du Béarn, le cimetière de Pau offre la possibilité d’une promenade paisible à la recherche de la mémoire slave de la ville. Depuis cet été, à la manière du cimetière Père Lachaise à Paris, la mairie de Pau à décidé de mettre en valeur le patrimoine funéraire et les sépultures des personnalités locales ou étrangères ayant marqué leur temps et la ville

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Les deux promenades qui sont proposées, « Pau ville cosmopolite » et « Richesse de l’architecture funéraire », (plans et livret disponibles à l’accueil) font une large part aux magnifiques tombes des communautés anglaises et américaines, mais au détours des allées des noms slaves surgissent, témoins de la présence russe et polonaise dans la cité d’Henri IV au XIXème siècle.

Tout d’abord dans la zone B , (N° 19 du plan) repose le Colonel de la Garde Impériale Russe, Consul de Russie, Robert de Heimann , décédé à Pau en 1906. Sa sépulture surmontée d’une croix blanche, s’orne de ses armoiries et d’abeilles, symboles de résurrection car elles disparaissent l’hiver et ressurgissent au printemps.


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Un peu plus loin dans la zone B, Carré 6, ( ne figure pas sur le parcours) repose discrètement la peintre et artiste Nina Alexandrowicz Homolacs (1888-1945) . Née en Pologne en 1888 , puis naturalisée française, Nina Alexandrowicz Homolacs exposa à Paris dès 1911, des sculptures, avant de se consacrer à la peinture à partir de 1919. Elle peignait des sujets divers, dans un style classique, avec une prédilection pour les chats


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Nina Alexandrowicz  "Petite fille au chat"


Un détour par le carré juif voisin, amène à constater que quelques familles ashkénazes aux patronymes d’Europe Centrale  sont elles aussi venues s’établir sous le beth ceu de Pau, avant de remonter vers le carré A.

 

Le long du mur (N°6 du plan), la tombe du colonel russe Nicolas Tcheffkine (1830-1869) attire le regard. En marbre noir, orné d’une grande croix orthodoxe, elle abrite la dernière demeure de ce jeune militaire russe, venu se reposer à jamais à l’ombre des palmiers béarnais.



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Enfin un peu plus haut ( Zone A Carré 3 ,n° 5 du plan) se trouve la tombe la plus romantique du cimetière, qui résume à elle seule l’âme slave mélancolique et passionnée, à savoir la tombe des époux Platonow.


Platonow





La statue d’une princesse au voile de mariée patiné par les outrages du temps, Théodora Platonow, fait l’objet d’une légende. . La légende raconte qu'elle représente une mariée décédée le soir de ses noces, mais il n'en est rien, la réalité est encore plus romantique.

Théodora de Nowanska était née à Varsovie en 1823. En 1864 elle épouse le prince Russe Valérien de Platonow. Le prince de Platonow était un conseiller du tsar Alexandre II, un diplomate de haut rang. La santé de Théodora étant fragile, son mari diplomate se résolu à émigrer en 1866 vers la ville de Pau alors réputée pour ses vertus climatiques.Le couple s’installa à Gelos l’année suivante, dans une belle propriété , la villa Mont-Rose.Valérien de Platonow effectua alors d’incessants allers et retours entre Gelos et Saint Petersbourg pour assumer ses fonctions de diplomates.

Hélas la maladie finit par emporter Théodora en 1875. Le prince de Platonow voulu lui rendre hommage avec cette statue en marbre d’Italie, la représentant au plus beau jour de sa vie en robe de mariée.La statue est orientée vers l’Est, non pas vers leurs racines slaves, mais en direction des coteaux de Gelos. Ainsi le prince pouvait, chaque matin, observer à la longue vue la tombe de sa bien aimée depuis sa villa.Valérien de Platonow, prit ensuite sa retraite en 1879, et finit par rejoindre son épouse adorée en 1893.

 

Bibliographie:

Antonin Nicol , Le cimetière de Pau, Editions Monhelios.